Que vous arriviez de Riom au nord ou de Clermont-Ferrand au sud, le village de Châteaugay se distingue de prime abord par la fière silhouette de son donjon médiéval, assis sur un plateau dominant la Limagne et comme ramassé au pied de la chaîne des Puys.
Au temps des volcans, Châteaugay appartenait à la Limagne, cette plaine qui s’est peu à peu enfoncée par rapport au plateau des Dômes. Il y a quelques millions d’années, une grande nappe de basalte s’est écoulée d’un volcan, aujourd’hui oublié. Cette carapace épaisse de plusieurs dizaines de mètres a recouvert les marnes et les calcaires du lac de Limagne. Au fil du temps, l’érosion a dégagé sur trois côtés cette table de basalte qui s’avance au dessus de la plaine.
En contrebas de Châteaugay, le quartier des caves a été creusé dans une roche d’aspect poivré, d’où son nom de pépérite. Cette roche s’est formée dans une cheminée volcanique où les particules de basalte se sont mélangées à des sédiments marno-calcaires non encore consolidés. On distingue sur les parois de ces caves les coups de pics qu’y donnèrent les prisonniers autrichiens à la période de la révolution et de l’Empire. La roche est suffisamment tendre pour se creuser facilement et assez cohérente pour que les voûtes tiennent sans pilier.
Du Néolithique à l’époque gallo-romaine : les plateaux qui portent Châteaugay, Lachaud et Champ Griaud ont pu être des sites d’habitat perchés puisque du mobilier néolithique y a été découvert. Le mont Querrier, entre Pompignat et Ladoux, domine très légèrement la plaine et pourrait correspondre à un site d’oppidum.
Du Moyen-Age à la Révolution :
L’organisation paroissiale : le centre de la future paroisse de Châteaugay fut pendant une longue période le village de Pompignat. L’église existant depuis 959, avait le double vocable de Sainte Croix et le titre de Saint Clément. Vendue comme bien national en 1792, elle fut aussitôt détruite. Depuis 1721, le curé résidait à Châteaugay, la cure de Pompignat s’étant écroulée. La première église de Châteaugay fut la chapelle du château, construite en 1385, à seul usage seigneurial. Au sud-ouest, une échauguette remplissait la double fonction de poste de guet et de clocher. C’est probablement Madeleine de Châteauneuf qui dédia la chapelle à Sainte Madeleine. Au XVIIème siècle, les habitants construisirent leurs maisons autour du château, suite aux combats contre les ligueurs. Il fallut donc agrandir l’église pour une population de 400 âmes. Ce fut fait le 22 juillet 1689, jour de la Sainte Madeleine, par une messe et une procession, devant le notaire royal, deux chanoines de la cathédrale de Clermont et les deux curés. La statue de Sainte Madeleine date du XVIIème siècle. Lors de la Révolution, des vignerons châteaugaires, craignant des actes de vandalisme, cachèrent la statue dans un foudre où elle resta 5 ans. De la même façon, le curé réfractaire Delpeuch dut se cacher à Davayat.
Le château : un premier château appartenant à la famille de Vigosche est construit au XIIIème siècle en rebord du plateau. Il s’agit d’une excellente vigie, dominant la plaine de 150 mètres et protégeant Pompignat comme une poule ses poussins. Ce castel passe dans la famille de Giac dont l’un des membres devient chancelier des ducs de Berry et de Bourbon. Pierre de Giac transfome la première citadelle en « Chasteaugay » en 1381. Avec son formidable donjon carré et crénelé, ses tours rondes, son enceinte, il est dessiné par Guillaume Revel dans son armorial du XVème siècle. Cinq siècles plus tard, sa silhouette altière sert à promouvoir les vins locaux. A la Renaissance, la cour intérieure est ornée d’une belle porte du XVème siècle, sculptée de choux et de pinacles, avec l’écu incliné de la famille de Laqueille. En mai 1789, les marquis de Laqueille et de Lafayette se rencontrent ici pour préparer les états généraux. Après l’abolition des droits féodaux (1789) et le départ en émigration des nobles, le désir est grand de se débarrasser de ces signes de « la tyrannie et de l’esclavage ». On comble les douves, on abat les enceintes et cet espace devient terrain à construire. Il était question d’abattre la forteresse en 1828 pour fournir de la pierre à bâtir mais ce projet ne se réalisa pas.
Les croix : Elles ont par le passé durablement marqué le paysage et les pratiques socio-culturelles. La croix la plus ancienne remonte à 1605 et porte le nom de La Perrière qui évoque les balistes à jet de pierre de la tour ronde du château. La croix d’Arpin (1646), située en plein vignoble, est une croix de rogations où la population venait processionner pour obtenir une protection divine contre les fléaux atmosphériques. La croix de la Bionne (1878) était dotée d’une pierre de Volvic servant de reposoir aux convois funèbres se dirigeant de Pompignat à Châteaugay.
Les caves : c’est le seigneur qui donnait jadis l’autorisation de creuser une cave dans les pépérites. Plus tard, après la Révolution, les paysans se mettaient à trois ou à six pour creuser et déblayer. Ensuite, ils montaient des cloisons et se partageaient le local. D’autres construisaient deux étages avec escalier commun et porte particulière. Ces caves sont aérées par des cheminées de plusieurs mètres qui débouchent sur le terrain qui leur sert de toit. Ce quartier des caves est assez exceptionnel.